A la Berlinale, l'ombre de Trump plane sur le 7e art

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Vendredi 21 Février 2025

A la Berlinale, l'ombre de Trump plane sur le 7e art
Résister, ignorer ou céder? L'ombre de Donald Trump plane cette semaine sur le Festival du film de Berlin où stars hollywoodiennes et cinéastes cherchent le bon positionnement face aux changements radicaux imposés par le président américain.

Certains comme l'Américain Todd Haynes optent pour une approche frontale. "Je n'ai aucun problème à désigner Donald Trump, Elon Musk et l'ensemble du Parti républicain et à les condamner", déclare à l'AFP le cinéaste de 64 ans, président du jury de cette 75e Berlinale qui s'achève dimanche.

"Nous traversons un moment effroyable qui va requérir toute notre énergie pour résister et revenir à un système qui était imparfait mais que nous, Américains, considérons comme acquis", a-t-il ajouté.
D'autres sont plus elliptiques.

Interrogé sur la montée du parti d'extrême droite allemand AfD, la superstar Timothée Chalamet, présent à Berlin pour une projection hors compétition du biopic sur Bob Dylan "Un parfait inconnu", a mis en garde contre les figures de "sauveur" aux penchants "sectaires".
Un modérateur est rapidement intervenu pour revenir au film et s'écarter des "opinions politiques personnelles".

Au-delà des déclarations, les films présentés à Berlin sont eux-mêmes disséqués pour détecter d'éventuels messages faisant écho au président Trump et à sa politique de "l'Amérique d'abord".

Réalisé par le Mexicain Michel Franco, "Dreams" raconte l'itinéraire d'un danseur mexicain sans-papiers venu rejoindre une riche héritière aux États-Unis et résonne différemment à l'heure du tour de vis de l'administration américaine contre l'immigration illégale.

Cette histoire est "incroyablement politique, (en partie) en raison de ce qui se passe maintenant (...) pas simplement aux Etats-Unis, mais partout dans le monde", a déclaré à la presse Jessica Chastain, qui tient le principal rôle féminin dans "Dreams".
 
Présenté hors compétition à Berlin, "Mickey 17", le nouveau film du Sud-Coréen Bong Joon-Ho, semble, lui, tourner en dérision les ambitions spatiales d'Elon Musk en envoyant Robert Pattinson en orbite.

Le cinéaste de "Parasite" a toutefois assuré ne pas avoir pensé au propriétaire de SpaceX, désormais membre de l'administration Trump, en écrivant son film, affirmant avoir eu en tête des dictateurs passés. Robert Pattinson a, lui, esquivé une question sur Donald Trump.
 
Un cinéaste est-il d'ailleurs tenu de parler de politique ?

Présenté en compétition à Berlin, "Blue Moon" de Richard Linklater se déroule en 1943 mais pose la question de la possibilité pour l'art d'offrir une distraction face aux horreurs du monde. "Les films, particulièrement, ont toujours été une forme d'échappatoire", a estimé le cinéaste américain.

Le Britannique Benedict Cumberbatch concède, lui, que le 7e art doit refléter "les inquiétudes collectives" de l'époque mais estime que les cinéastes doivent se garder d'imposer leurs opinions.

"En tant qu'artiste, je pense qu'on se tire une balle dans le pied quand on essaye d'être prosélyte ou didactique", a-t-il déclaré à la presse.

Plus généralement, beaucoup s'interrogent sur les possibles velléités de Donald Trump de faire pression sur les studios hollywoodiens, relais traditionnel des idéaux de gauche, pour qu'ils épousent davantage sa ligne politique conservatrice sur les questions de genre ou de diversité raciale.
Certains effets se font déjà sentir.

La semaine dernière, les studios Disney, que Donald Trump avait accusés dans le passé d'avoir cédé à l'idéologie "woke", ont annoncé qu'ils renonçaient à faire de la diversité un de leurs critères de "performance", dans le sillage d'autres grandes entreprises américaines.

Sorti en 2024 et nommé aux Oscars, "The Apprentice", qui brosse un portrait peu flatteur de l'ascension de Donald Trump en tant que promoteur immobilier, a peiné à être distribué aux États-Unis et n'a toujours pas trouvé de diffuseur en streaming dans le pays.

Hollywood pourrait également devoir se poser la question des tournages hors des Etats-Unis, notamment au Mexique, alors que le président Trump fait pression sur les entreprises américaines pour qu'elles rapatrient leurs activités.

"Malheureusement, nous voyons déjà, pas nécessairement à Hollywood mais dans de nombreux endroits en lien avec le vaste pouvoir des entreprises, une collusion avec cette nouvelle administration qui est simplement choquante", estime Todd Haynes.
 

Libé

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