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Il y a mille manières de lire le palmarès de la dixième édition du Festival national du film, professionnel stricto sensu, historique, cinéphile…c'est un faisceau de signes qui confirment un constat : une manifestation cinématographique est une « œuvre ouverte » ; le hasard fait d'ailleurs que chaque édition du FNF donne lieu à un débat, à une polémique qui dépasse largement le seul milieu concerné, celui du cinéma. Et cela se concrétise de plus en plus depuis que le cinéma occupe la première place dans la production de notre imaginaire contemporain. Et à ce niveau je peux affirmer que l'édition que nous venons de vivre à Tanger du 13 au 20 décembre est tout simplement une édition historique dans le sens où sur le plan thématique par exemple, c'est une édition qui a mis sur scène et a ramené sous les feux de la rampe le Maroc de la marge sociale et culturelle…la compétition officielle de cette année nous a proposé des films abordant des sujets inédits et insolites. Du point de vue de la circulation symbolique des signes, c'est un pas de géant qui a été franchi dans l'enceinte de la salle Roxy de Tanger.
D'abord, c'est le festival de la femme rebelle, Kherboucha a donné le ton d'emblée. Cette femme du Maroc d'en bas va faire du chant populaire l'Aita une arme de guerre et de résistance contre le despotisme du Caïd Aissa. Elle sera la figure emblématique de toutes ses consœurs qui vont oser dire non et vont se mobiliser pour défendre leur statut ou leur patrimoine. Kherboucha renvoie à Kandisha qui elle-même symbolise cette force qui vient déchirer le voile du silence qui pèse sur la condition féminine. Kandisha, c'est la victime que la mythologie populaire transforme en fantôme qui hante les nuits de la culture machiste et misogyne. Fadma, la femme amazighe (étymologiquement : libre) affronte dans Tamzirt oufla, la lâcheté et la cupidité de la foule…Itto, cette étoile du matin, ouvre sur un horizon de promesse et d'espoir, pour elle et les siens…et les femmes des amours voilées qui se livrent à nous en toute intimité…ou encore Lola qui nous offre une leçon sur les mérites de l'abnégation portée par l'amour et la passion ; sur cette altérité radicale dont la femme est le médium éternel.
C'est le festival de la femme rebelle et positive. C'est aussi le festival du discours politique au premier degré. D'abord à travers une fiction, celle du Temps des camarades. Film des années universitaires avec l'affrontement des groupuscules marxistes et islamistes et en filigrane une histoire / des histoires d'amour. Un scénario jusqu'à une date récente impossible à réaliser. Maintenant, c'est un film réalisé et récompensé comme première œuvre où un discours présent dans l'espace public est désormais conforté dans sa légitimité par sa représentation cinématographique. Un marxiste marocain existe désormais aussi comme fiction qui traverse nos écrans. Une fiction à laquelle répond en contre-champ un militant marxiste des années 70, filmé comme témoin dans un documentaire qui revisite les territoires des blessures collectives longtemps réduites à la zone d'ombre de notre mémoire sociale. Lahcen Lbou que Leila Kilani a filmé comme une figure de la tragédie, ce militant marxiste-léniniste, ancien de Kénitra applaudi dans une salle de cinéma comme acteur d'une époque, comme acteur d'un film ( !), n'est-ce pas là une variante de notre révolution tranquille ? Et l'amazighité qui passe en 35 mm et dolby stéréo dans une compétition officielle et où un jury international décide de récompenser la musique et l'image réunissant en un raccourci formidable ce qui en quelque sorte fonde cette culture longtemps officiellement éloignée des scènes officielles et des écrans. Le cinéma marocain redessine notre mémoire aux couleurs fertiles de l'avenir…