Vingt-neuf jours après que le virus du West Nile ait frappé les régions de Benslimane et de Mohammedia, l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires(ONSSA) est enfin sorti de son silence pour gratifier l'opinion publique d'un communiqué où il y a de la langue de bois et des demi-vérités. C'est néanmoins tout à son honneur d'avoir publié son communiqué pour peu que cela devienne une pratique courante et non trop occasionnelle. Ce dernier communiqué fait état de décès de chevaux dans les régions de Benslimane et de Mohammedia et les décrit comme des « cas cliniques isolés d'une maladie d'allure non contagieuse » Or les symptômes constatés étaient ceux du virus du Nil occidental, maladie qui avait touché le pays en 1996 et 2003. Le communiqué a précisé, dès le premier cas enregistré, le 20 juillet dernier à Bir Tarfa, Ain Tizgha, dans la région de Benslimane ,qu'il s'agissait du virus du West Nile : « Chez le cheval, les principaux signes cliniques d'atteinte neurologique due au virus de la fièvre de West Nile sont les suivants : perte d'appétit, dépression, ataxie, contractions musculaires, paralysie partielle, cécité apparente, mouvements d'appui de la tête, grincements de dents, désorientation, convulsions, une démarche en cercle et difficulté à avaler. L'affaiblissement, généralement localisé dans les membres postérieurs, est parfois suivi de paralysie. Dans certains cas, la maladie peut évoluer vers un coma et la mort. La présence de fièvre n'est pas systématique, », affirment les spécialistes. Et d'ajouter également qu'il s'agit d'une maladie contagieuse : «La fièvre West Nile (FWN), maladie virale, affecte certains oiseaux, les chevaux et l'homme. Classée maladie réputée contagieuse, elle peut avoir une issue mortelle ou laisser des séquelles nerveuses après guérison. De par sa transmissibilité à l'homme et la gravité possible de son évolution, chez le cheval comme chez l'homme, la FWN a des conséquences hygiéniques et économiques importantes, indiquent les fiches techniques des Haras nationaux en France. « Libé » ne peut que s'en réjouir pour avoir levé le lièvre dans les éditions du jeudi 5 août et samedi 7 août. Nous avions alors révélé qu'il y avait des décès de chevaux dans la région de Benslimane et de Mohammedia et que ces cas avaient pour cause, selon les spécialistes, le virus du West Nile, ce que le directeur de l'ONSS a rejeté lorsque nous l'avons contacté." Effectivement, il y a eu des décès de quelques chevaux. Mais la situation est maîtrisée. Les analyses du Laboratoire national ont été négatives concernant le West Nile. Il s'agit d'un cas isolé et éparpillé sans contagion. On procède pour l'instant à des analyses parasitaires sanguines pour définir ce qui se passe dans la région de Benslimane, » avait-il déclaré à Libé. Les responsables dudit office avaient même nié dans leur déclaration à notre journal qu'il n'était nullement question de laboratoires étrangers et que les analyses se faisaient au laboratoire national. Et voilà que par enchantement, ils reconnaissent dans leur fameux communiqué et le rapport envoyé à l'OIE qu'il s'agit bel et bien du virus du West Nile et que les analyses ont été faites par le laboratoire international de référence de l'OIE en Italie. Ils ont essayé de nous convaincre au début que pour des cas similaires, le Maroc n'avait nul besoin de solliciter la collaboration de laboratoires étrangers spécialisés. Dans sa notification immédiate destinée à l'Organisation mondiale de la santé animale le 17 août, l'ONSSA reconnaît l'existence de 16 foyers avec 111 cas sensibles, 17 cas atteints dont 8 ont péri de la maladie. Le taux de morbidité apparent reste de 15,32%, celui de la mortalité est de 7,21% alors que le taux de fatalité apparent est de 47.06%, selon la même notification de l'Office, tout en mentionnant que les laboratoires qui ont participé à cette opération sont: le Laboratoire national à Casablanca, celui de Biopharma à Rabat ainsi que le laboratoire de référence à Teramo en Italie dont les services ont été loués par les responsables. La notification conclut que des rapports hebdomadaires seront envoyés à l'OIE. Quant au fameux communiqué ,il précise que la situation est stabilisée et surveillée attentivement en collaboration avec le ministère de l'Intérieur et celui de l'Agriculture sans pour autant parler d'aide ou de soutien aux éleveurs concernés.
En dernière minute, on apprend que trois cas présentant les mêmes symptômes ont été enregistrés dans la région de Benslimane et que les instructions ont été données par la direction de l'Office pour ne plus procéder à des analyses. Il faut noter que plusieurs cas n'ont pas été déclarés aux services de l'agriculture ni aux vétérinaires privés. Outre le fameux communiqué, l'Office s'est assuré les services de la télévision officielle pour dire ses demi-vérités.Par ailleurs ,on apprend que sous la pression des éleveurs certains parlementaires ont déjà contacté le ministre de l'Agriculture à ce sujet. Et on est toujours à se poser des questions sur les résultats des analyses des chevaux et autres bêtes morts il y a quelques semaines dans la région de Berrechid.Du côté de l'ONSS, c'est le black-out. Même l'OIE n'a pas reçu de rapport sur cet incident!