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L'architecture des années 20 se déploie autour d'une place verdoyante piquée de jonquilles, coeur historique de la "Colonie des artistes", un ensemble d e 80 résidences destinées à des artistes ou des intellectuels, actifs ou retraités, et disposant de revenus modestes. Le prix Nobel de littérature Günter Grass vécut non loin de là, tout comme la philosophe Hannah Arendt avant d'être chassée par les nazis, ou l'acteur Klaus Kinski et le psychanalyste Wilhelm Reich. Assise sur l'un des bancs publics, la comédienne Cornelia Schönwald lit à voix haute une nouvelle d'Erich Kästner, un classique de la littérature allemande de jeunesse. Sa lecture, accompagnée par le piaillement des moineaux du printemps, est filmée par Christian Sekula, l'un des responsables de l'association "Colonie des artistes". Il se chargera ensuite du montage et de la mise en ligne sur le site de cette association qui d'ordinaire propose des pièces de théâtre et d'autres activités culturelles. "En ce moment je n'ai aucun engagement", explique Cornelia Schönwald qui a vu tous ses projets annulés avec la quasi mise sous cloche de la ville. Loin de ruminer sur l'actualité, la comédienne assure néanmoins que cette période, où tout le monde est appelé à lever le pied, est "enrichissante parce qu'elle permet de faire le point sur ce qui est vraiment important". "Peut-être que nous, les artistes, avons un autre rapport à ces hauts et ces bas de l'existence, nous y sommes davantage habitués", poursuit-elle, en faisant allusion à la précarité des statuts de ces professions.
Dans le quartier, beaucoup de ses collègues ont en revanche du mal à accepter les restrictions des libertés publiques liées au virus, alors que flotte encore le souvenir des dictatures nazie et communiste. "Ici il y a un lien particulier au Troisième Reich et le souvenir de la Guerre et du couvre-feu revient", rappelle Christian Sekula qui porte un masque de protection sur le visage. "Berlin, c'est aussi la ville du blocus (imposé par les Soviétiques) de 1948 et le pont aérien qu'il avait fallu mettre en place pour ravitailler Berlin-Ouest", dit-il.
Pour tous ces métiers précaires qui gravitent autour du spectacle, pour ces peintres qui ont vu leurs expositions reportées ou annulées, la crise actuelle est existentielle. "Ceux qui ne travaillent que deux ou trois jours par semaine n'ont aucune réserve financière. Aujourd'hui une crise sociale gronde", admet M. Sekula.
En attendant, les habitants continuent de venir en aide aux artistes retraités et de rendre des menus services.
"Le dernier arrivé dans l'immeuble, est allé me chercher des boissons", détaille Gerda Schulz, une ancienne danseuse de flamenco de 82 ans, qui ne sort plus que le matin à l'aube pour une marche quotidienne.
Pendant ce temps, lunettes bleues et cheveux ébouriffés, Ingrid Ihnen-Haas continue d'enchaîner au micro les classiques de "la môme" saupoudrés d'accent allemand. En ces temps noirs, un titre manque encore toutefois à son répertoire: "La vie en rose".