Le village de Raoni, oasis préservée de la destruction en Amazonie


Libé
Mercredi 2 Avril 2025

Dès que l'on franchit la limite du territoire indigène Capoto-Jarina, le paysage change radicalement: les champs voués à la monoculture laissent place à la végétation luxuriante de la forêt amazonienne.

Le cacique Raoni Metuktire est ici chez lui. Le leader autochtone le plus influent du Brésil, célèbre dans le monde entier et reconnaissable grâce à son imposant plateau labial, mène depuis des décennies son combat pour la préservation de l'Amazonie.

Sur les bords du Xingu, un important affluent de l'Amazone, se dresse Metuktire, un village de 400 habitants aux maisons de paille disposées en cercle.

Raoni a longtemps vécu dans l'une d'elles. Mais le vénéré cacique, qui plaide sans relâche sa cause auprès des chefs d'Etat, vit actuellement à Peixoto de Azevedo, une ville située dans le même Etat, le Mato Grosso (centre-ouest), pour des raisons de santé.

"Je n'accepte pas que les orpailleurs et autres trafiquants de bois entrent sur notre terre", martèle le nonagénaire lors d'une rencontre avec l'AFP.
Il recevra vendredi sur ses terres le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, à qui il réclamera la démarcation de nouveaux territoires indigènes.

Seul 0,15% du Capoto-Jarina, où vivent environ 1.600 personnes, a été touché par la déforestation entre 2008 et 2024, selon les données officielles, qui montrent une dévastation de plus en plus importante dans d'autres terres indigènes au Brésil.
Et ce grâce à deux stratégies: des patrouilles régulières pour empêcher les intrusions et la sensibilisation des jeunes afin d'éviter qu'ils ne cèdent à l'appât du gain lié aux délits environnementaux.

"Ici, nous avons déjà eu des orpailleurs et des Blancs qui voulaient occuper nos terres, mais nous avons lutté pour les expulser pour toujours", raconte Beptok Metuktire, 67 ans, un autre leader communautaire, qui arbore des peintures corporelles.
 
"Nous leur montrons que c'est notre territoire", résume-t-il en kayapo, la langue que les habitants préfèrent utiliser dans le village, même si certains parlent portugais.

La terre Capoto-Jarina a été reconnue par le gouvernement brésilien en 1984, Raoni ayant fait céder le régime militaire (1964-1985) en prenant en otage des fonctionnaires.
Depuis, ces terres qui s'étendent sur une superficie équivalente à quatre fois Sao Paulo, la plus grande mégapole d'Amérique latine, sont des zones protégées sous la responsabilité de l'Etat.

Selon une étude de l'ONG Institut socio-environnemental, les territoires indigènes n'ont perdu que 2% de leur végétation autochtone, contre près de 30% sur les autres terres ne bénéficiant pas du même niveau de protection.

"Les communautés nous appellent pour dénoncer des activités illégales, nous demandent d'agir, et certaines assurent elles-mêmes la surveillance de leur territoire", explique Edilson Paz Fagundes, responsable de l'agence environnementale publique Ibama, dans le Mato Grosso.

"Mais nous évitons de les impliquer directement dans les opérations d'expulsion, pour les protéger contre des représailles de groupes criminels", précise-t-il.
Cela n'empêche pas la dévastation de milliers d'hectares de végétation autochtone dans des terres indigènes.

Non loin du Capoto-Jarina, le territoire indigène Kayapo, où vivent d'autres branches de ce peuple, le paysage est défiguré sur des kilomètres par l'orpaillage illégal, a constaté l'AFP durant un survol organisé par Greenpeace.

Vue du ciel, la jungle vert émeraude est trouée d'immenses cratères, certains d'entre eux regorgeant d'eau saumâtre. Des dizaines de pelleteuses hydrauliques sont manoeuvrées par des ouvriers qui campent sur place.

Sur la terre Kayapo, l'orpaillage illégal a dévasté une surface équivalente à 22.000 terrains de football, selon Greenpeace, qui dénonce également la pollution des rivières au mercure utilisé pour séparer l'or des sédiments.

"Ces dernières années, des groupes criminels très organisés ont commencé à investir dans l'orpaillage", affirme Jorge Dantas, porte-parole de Greenpeace, citant par exemple le Comando Vermelho (Commando rouge), une des plus puissantes factions de narcotrafiquants du Brésil.

Les orpailleurs parviennent à entrer sur les terres autochtones "en recrutant des leaders indigènes et en démantelant les communautés", ajoute-t-il.


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