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Pourquoi les clubs misent sur la jeunesse

Samedi 10 Juin 2017

Le potentiel plus que l'expérience? Lors du mercato d'été, les clubs européens investiront encore des dizaines de millions d'euros sur des joueurs n'ayant parfois passé qu'une demi-saison au plus haut niveau, une logique pas si spéculative qu'il n'y paraît.
Plus de 100 millions d'euros pour un gamin de 18 ans ! Kylian Mbappé (Monaco) affole tous les grands clubs d'Europe. Ça fait près de 50 millions d'euros de plus que son glorieux aîné Zinédine Zidane, lors de son transfert de la Juventus Turin au Real Madrid en 2001.
"L'incorporation de jeunes joueurs dans les équipes premières, ce n'est pas nouveau", rappelle Paul Dietschy, auteur en 2010 d'une "histoire du football". Mais le phénomène s'est accéléré ces dernières années, en raison d'un "phénomène de spéculation", dopé par "l'augmentation des droits TV, la création d'une véritable économie du foot, de capitaux qui cherchent à s'investir", expose-t-il à l'AFP.
Des exemples récents rappellent quand même qu'il n'est pas toujours facile pour un jeune de confirmer: il y a deux ans, Manchester United avait déboursé 50 millions d'euros plus 30 de bonus potentiels pour arracher à Monaco Anthony Martial. Après une première saison tonitruante en Angleterre, l'attaquant de 21 ans est en difficulté.
Pour autant, selon Loïc Ravenel, chercheur au Centre international d'étude du sport (CIES), "il suffirait d'une bonne saison pour que sa valeur remonte". "Et compte tenu de l'inflation, de l'âge du joueur, qui atteindra sa valeur sportive maximale vers 25 ou 26 ans, les perspectives restent bonnes sur trois ou quatre ans."
Et Martial présente une garantie. Il ne "redescendra jamais très bas": "Avoir été recruté par United ou par un tel ou tel autre grand club, avoir été sélectionné par leurs recruteurs, réussi leurs tests, cela montre que vous avez déjà un certain niveau".
 Les grands d'Europe misent aussi sur la valeur jeune par "peur de passer à côté de la star de demain", poursuit Loïc Ravenel.
Le Real Madrid a ainsi placé 40 millions d'euros sur un Brésilien de 16 ans, Vinicius Junior, au cas où ce jeune attaquant de Flamengo deviendrait le nouveau Neymar.
Cet appétit des puissances financières européennes pour les jeunes à fort potentiel influence la politique sportive européenne. Le Borussia Dortmund, l'Ajax Amsterdam, Monaco et bientôt Lille visent un même objectif: faire éclore leurs jeunes, les mettre en valeur sportivement pour ensuite les revendre avec une jolie plus-value.
Une logique qui peut avoir des résultats sportifs: Monaco l'a démontré. "On peut gagner avec des vieux, avec des joueurs dans la force de l'âge, ou avec des jeunes", observe Loïc Ravenel. "Mais l'avantage des jeunes c'est que l'effectif prend de la valeur, autant financière que sportive".
"Le marché est en train de se structurer avec des clubs recruteurs et des clubs formateurs", ajoute-t-il. Avec une conséquence: les entraîneurs réputés pour leur propension à faire progresser les jeunes, comme Marcelo Bielsa, Lucien Favre ou Leonardo Jardim, sont eux aussi ardemment courtisés.
Cette logique financière peut avoir des conséquences sur le développement des ados-athlètes, sollicités dès leur plus jeune âge. Offrir des contrats à des jeunes pousses, "ça renforce aussi le caractère compétitif du sport qui, pour des enfants, devient déjà une formation professionnelle, et un espoir de faire fortune", estime ainsi Paul Dietschy.
Quand il a travaillé au sein de la cellule de recrutement du PSG, Alain Roche a constaté "la pression colossale" qui pèse parfois sur des adolescents. "Ils doivent absolument réussir pour leur famille (parce que) beaucoup sont issus de milieux défavorisés".
Mais ce "jeunisme" a généré son système: les joueurs peuvent signer dans de gros clubs, leurs agents multiplient les commissions de transferts et le phénomène d'identification peut aider à vendre des maillots, voire à faire venir les plus jeunes au stade. Et comme Monaco a démontré qu'il pouvait avoir d'épatants résultats (titre en France, demi-finale de Ligue des champions) le mouvement ne risque pas de ralentir cet été.


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