Jannik Sinner, un champion implacable mais "pas parfait"


Libé
Mercredi 19 Février 2025

Jannik Sinner, un champion implacable mais "pas parfait"
Sobre dans la victoire comme dans l'adversité, le N.1 mondial Jannik Sinner, qui s'est accordé samedi avec l'Agence mondiale antidopage (AMA) sur une suspension de trois mois après un contrôle positif à une substance interdite, concède bien volontiers qu'il n'est "pas parfait" malgré son image lisse et son palmarès impressionnant.
J'essaie de rester calme, de ne jamais rien prendre pour acquis. Honnêtement, je suis juste bien préparé. Devenir meilleur passe par une routine quotidienne. C'est tout.
S'il a martelé son innocence depuis le début de son affaire de dopage, le triple lauréat en Grand Chelem (Open d'Australie 2024 et 2025, US Open 2024) a aussi sagement reconnu après l'annonce de sa suspension que "les règles strictes de l'AMA" étaient "une protection importante pour le sport que j'aime".
Une réaction sans effusion caractéristique chez le premier joueur de tennis italien de l'histoire à être devenu N.1 mondial.

En janvier à l'Open d'Australie, alors qu'il s'apprêtait à décrocher un deuxième titre d'affilée grâce à une 21e victoire de rang sur le circuit, Sinner avait déjà réfuté tout sentiment d'invincibilité.

"J'ai seulement 23 ans et je ne suis pas parfait", avait souligné ce fils d'un cuisinier et d'une serveuse, qui a grandi dans la région germanophone du Haut-Adige (nord-est de l'Italie).
"J'essaie de rester calme, de ne jamais rien prendre pour acquis. Honnêtement, je suis juste bien préparé. Devenir meilleur passe par une routine quotidienne. C'est tout", a poursuivi celui qui est devenu à Melbourne l'Italien le plus titré de l'histoire en Grand Chelem, avec trois sacres.

"Je sais qu'il n'a que 23 ans mais, parfois, j'ai l'impression qu'il est beaucoup plus âgé et beaucoup plus sage que nous tous", s'amuse son entraîneur Darren Cahill, du haut de ses 59 ans.

S'il n'avait pas craqué, adolescent, pour le tennis, Jannik Sinner aurait sans doute pu être champion de ski alpin. Né le 16 août 2001 à San Candido, dans les Dolomites, il a dévalé ses premières pistes à l'âge de trois ans.

C'est seulement vers 13 ans que le tennis, longtemps un simple passe-temps pour un gamin plein d'énergie, prend le dessus sur le ski, qui n'étanche pas sa soif de compétition avec sa saison courte. Il se prend de passion pour le héros local Andreas Seppi, qui culmina au 18e rang mondial en 2013, et surtout pour Roger Federer.

Grand pour son âge, endurant, Sinner est vite identifié comme un joueur à gros potentiel.
Sous la houlette de Riccardo Piatti, ancien entraîneur du Français Richard Gasquet et du Canadien Milos Raonic, l'adolescent devient N.1 mondial chez les juniors, marque ses premiers points ATP en 2018 et s'extrait l'année suivante des qualifications de l'US Open pour disputer son premier tournoi du Grand Chelem.

Vainqueur en 2020 de son premier titre sur le circuit principal, un ATP 250 à Sofia, il commence à séduire le grand public italien par sa simplicité, son éthique de travail et les... carottes qu'il mange aux changements de côté.
Début 2022, Sinner, installé dans le top 20 mais frustré par ses résultats en Grand Chelem, met fin à sa collaboration avec Piatti.

Il passe un nouveau cap sous la direction de son compatriote Simone Vagnozzi et de l'Australien Darren Cahill en frappant encore plus fort et en asphyxiant ses adversaires.
Pour Vagnozzi, "Jannik aime être sous pression, connaître des moments difficiles" pendant les matches. "C'est à ce moment-là qu'il produit son meilleur tennis."

Depuis novembre 2023, il collectionne les trophées: deux Coupes Davis avec l'Italie, les Finales ATP en 2024, trois titres en Grand Chelem... Jusqu'à grimper en juin sur le trône de N.1 mondial.

Adulé en Italie, qui ne lui reproche même plus d'être résident monégasque ou d'être plus à l'aise en allemand qu'en italien, Sinner est très attaché à sa famille et présent sur les réseaux sociaux.
 
C'est "le fils ou le gendre que tout le monde aimerait avoir", pour le président de la Fédération italienne Angelo Binaghi.

Seul nuage dans ce ciel bleu: son contrôle positif au clostebol (un anabolisant) en mars 2024, révélé en août par l'Agence internationale pour l'intégrité du tennis (Itia).
Depuis la révélation de l'affaire, Sinner n'a pourtant perdu qu'un seul match, contre son grand rival Carlos Alcaraz.

"Quand il joue au tennis, c'est là qu'il se sent en sécurité", analyse Darren Cahill. "C'est ce qu'il sait faire, c'est là qu'il excelle, le court est devenu un refuge pour lui", juge le technicien australien.


Lu 29 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.



services