Jair Bolsonaro. L'ex-président brésilien qui défie les institutions


Libé
Jeudi 20 Février 2025

Jair Bolsonaro. L'ex-président brésilien qui défie les institutions
Inculpé mardi pour tentative présumée de coup d'Etat pour se maintenir au pouvoir en 2022, l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro n'a cessé de défier les institutions de la démocratie brésilienne au cours d'une carrière politique tumultueuse.
Si Bolsonaro risque à présent la prison, c'est sur des soupçons de "participation active" à un supposé projet de coup d'Etat impliquant des militaires haut gradés pour empêcher le retour au pouvoir du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui l'a battu lors de sa tentative de réélection en 2022
Cet ancien capitaine de l'armée assume sans fard sa nostalgie des années de plomb de la dictature militaire (1964-1985), dont "l'erreur a été de torturer et non de tuer" les dissidents.
Cette déclaration datant de 2016, trois ans avant le début de son mandat à la tête du Brésil (2019-2022), illustre son style tout en outrances, fait aussi de sorties misogynes, racistes ou homophobes.

S'il risque à présent la prison, c'est sur des soupçons de "participation active" à un supposé projet de coup d'Etat impliquant des militaires haut gradés pour empêcher le retour au pouvoir du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui l'a battu lors de sa tentative de réélection en 2022.

Jair Bolsonaro, 69 ans, clame son innocence et crie à la "persécution" politique.
Bien qu'inéligible jusqu'en 2030 en raison de ses attaques sans preuve sur la fiabilité des urnes électroniques, il reste le leader du puissant courant ultra-conservateur.
Malgré son discours antisystème qui fustige la "vieille politique", il avait été député pendant 28 ans avant de devenir président.

Cela ne l'a pas empêché de déclarer en 1999 qu'il était prêt à fermer le Parlement s'il était élu président. "Sans aucun doute! Je ferais un coup d'Etat dès le premier jour!", avait-il lancé lors d'un entretien télévisé.

Né en mars 1955 à Campinas, près de Sao Paulo, dans une famille d'origine italienne, Jair Bolsonaro a eu cinq enfants avec trois femmes différentes. Les quatre premiers se sont lancés en politique.
Après une carrière militaire ponctuée d'épisodes d'insubordination, il est élu député pour la première fois en 1991.

Peu en vue au Parlement, sa popularité grimpe en flèche après la destitution en 2016 de l'ex-présidente Dilma Rousseff, héritière politique de Lula.
Ses diatribes contre la corruption, la violence, la crise économique et la gauche "pourrie" séduisent. Ses sympathisants le surnomment "le mythe".

Ce populiste à la syntaxe approximative, qui aime à se présenter en Brésilien ordinaire en short et maillot de foot, fait mouche avec des phrases simples.
Il s'est habilement assuré le soutien des puissants lobbies de l'agronégoce et des évangéliques, confession de sa dernière épouse Michelle, âgée de 27 ans de moins que ce catholique.
Durant la campagne présidentielle de 2018, il subit un attentat à l'arme blanche en plein bain de foule.

Cela lui vaudra plusieurs hospitalisations, en raison de séquelles de graves blessures à l'abdomen, mais aussi une image de martyr auprès de ses supporters.
Ce fervent admirateur de Donald Trump est finalement élu haut la main au second tour (55%).
 
S'il promet de "rétablir l'ordre" lors de son investiture en janvier 2019, son mandat est émaillé de crises, malgré un bilan économique plutôt positif.
Jugée calamiteuse par les experts en santé, sa gestion de la crise du Covid-19 donnera lieu à d'intenses bras de fer avec la Cour suprême.

Qualifiant de simple "grippette" le virus qui fera près de 700.000 morts au Brésil, il s'est opposé au confinement, au port du masque, et a ironisé sur l'efficacité des vaccins qui, selon ses dires, risqueraient de "transformer en crocodile".

Climato-sceptique, il a laissé la déforestation en Amazonie bondir durant son mandat.
Il n'a pas hésité à insulter des leaders étrangers, dont le président français Emmanuel Macron, isolant le Brésil sur la scène internationale.
Lors de la présidentielle de 2022, Jair Bolsonaro est battu de peu dans son duel à couteaux tirés avec Lula.

Sa défaite le laisse groggy. Deux jours avant la fin de son mandat, il rejoint la Floride pour un séjour aux airs d'exil volontaire.
Mais le 8 janvier, une semaine après l'investiture de Lula, des milliers de sympathisants bolsonaristes prennent d'assaut le palais présidentiel, le Parlement et la Cour suprême, dénonçant une fraude électorale et appelant à une intervention militaire.

Les enquêteurs assurent que ces émeutes sont partie intégrante d'un plan putschiste orchestré de longue date, qui aurait même prévu l'assassinat de Lula.
L'étau judiciaire se resserre, mais l'ancien président espère encore faire annuler son inéligibilité pour briguer un nouveau mandat en 2026.

Expression d'un virage conservateur d'une partie de la société brésilienne, le bolsonarisme paraît en tout cas avoir de beaux jours devant lui.
Pour son ancien ministre Tarcisio de Freitas, pressenti comme une des alternatives les plus crédibles à droite, Jair Bolsonaro, au-delà de sa personne, incarne d'ailleurs un "mouvement".


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